Dimanche, 22 juin. Sur Jean 8, 1 – 11, « Que celui qui n’a jamais péché… »

 

 

Voilà une situation typiquement humaine : embrouillée, compliquée, gênante… Les scribes et les pharisiens jouent les indignés, en trainant la femme adultère devant Jésus. Au fond, ils se moquent royalement de la femme, et de l’acte qu’elle a commis. Pour eux il ne s’agit pas de ça. Comme il est expressément dit dans le texte leur préoccupation est de tendre un piège à Jésus, pour avoir de quoi l’accuser et ainsi se débarasser de lui. La sainte loi de Moïse, la transgression d’un article de cette loi par la femme – non, pour eux ce n’est que prétexte…

  Un piège est tendu à Jésus – à nous de voir s’il est capable de s’en sortir, et comment… « Maître » - lui disent les scribes et les pharisiens, qui en lui accordant ce titre commençent hypocritement  par le flatter : « Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Dans la loi, Moîse nous a prescirt de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? » Pour Jésus le piège est évident : s’il exprime son opposition à la mise à mort de la femme, l’on pourrait l’accuser d’être infidèle à la loi de Moïse, la Tora, noyau de toute tradition de son peuple. Une accusation grave. Si au contraire il donne son accord à ce que la femme soit exécutée sur le tas, non seulement il se cherchera la sévère desapprobation de la part de l’occupant Romain, qui lui seul se réservait le droit de mettre à mort des criminels, mais aussi – surtout, il se montrera en desaccord flagrant avec son propre message – qui est un message de pardon. Comment Jésus, va-t-il s’en sortir ?

 

Et la femme ? Elle a été surprise en plei acte d’adultère. Quoi qu’on en dit, bibliquement parlant un péché très grave. Il s’agit du huitième des dix commandements : Tu ne commetras pas d’adultère. Tu ne trahis pas ta parole donnée. Le commandement qui le précède interdit le meurtre ; le commandement qui suit le rapt.

  La femme, la voilà comme une bête traquée, livrée en spectacle, entourée de regards durs, fermés, qui n’expriment aucune brin de pitié. En même temps, elle doit sentir que quelque chose dans l’affaire la dépasse – qu’au fond il ne s’agit pas d’elle dans toute l’histoire. Qu’elle n’est que prétexte, qu’on se sert d’elle dans une polémique entre hommes qu’elle a du mal à suivre. Qu’on se sert d’elle – qu’elle n’est plus femme, être humain, sujet – mais devenue instrument, objet, prétexte. Mépris ultime…

 

Une situation typiquement humaine, puisque embrouillée, compliquée, trouble. Pourtant, nous voilà au temple – qui devrait être un lieu de sainteté – un endroit ou tout est clair, entier (voilà le vrait sens du mot sainteté). Non, aucun endroit dans ce bas-monde n’est à l’abri de nos querelles. Façe à cette situation, Jésus, comment va-t-il réagir ?

  D’abord, il ne dit rien. Il trace du doigt des traits dans le sol. Cela veut dire quoi ? On ne le sait pas. C’est un des grands mystères que contient la Bible : qu’est ce qu’il a écrit, Jésus, dans le sable ?… Certains commentateurs mettent ce geste de Jésus (tracer du doigt des traits dans le sol) en rapport avec Dieu sur le mont Sinai, écrivant Lui-même la loi sur les deux tables de pierre, comme il est dit dans Exode 34, 1. Ainsi, pas ce geste, Jésus, s’identifierait au divin Législateur. Il dirait, le divin Législateur et moi sommes le même. Possible. Après avoir parlé, Jésus répète le geste. Peut-être veut-il tout simplement donner aux autres le temps de prendre consience de la situation. Il baisse la tête, il traçe du doigt des traits dans le sable – qu’ils prennent le temps de réfléchir, les autres !

 

« Que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre ! »

  Chers amis, Jésus est mille fois plus sévère quie tous les scribes et tous les pharisiens et tout les que-sais-je encore du monde. Ces derniers ne faisaient autre que de mettre en rapport l’acte d’adultère de la femme avec la sanction qui selon la Tora s’y attache. Et encore, il ne s’agissait là pour eux, que d’un prétexte – pour tendre un piège à quelqu’un qui les embarrassait. Jésus, lui, est le premier à parler de péché ! Lui est donc le premier à prendre la femme et l’acte qu’elle vient de commettre tout-à-fait au sérieux. Pour lui elle n’est pas prétexte, moyen, instrument – elle est sujet. Il ne se fixe pas sur le seul acte qu’elle a commis, comme s’il s’agissait là d’une chose isolée. Il considère son acte comme expression de tout son être : elle est foncièrement pécheresse, complètement empêtree dans le péché. Jésus est mille fois plus sévère que les autres…

  « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ! »Là il où il n’y avait que querelle et mesquinerie, Jésus, lui-même baissant la tête, oblige les autres à regarder vers le haut. Le mot péché est tombé. Péché – c’est être coupable evant Dieu ! – non pas à cause de tel ou tel acte isolé. Cette culpabilité est une culpabilité qui colle à la peau. Il s’agit d’un état d’être. Péché…

  Silence.

  L’un après l’autre se retirent. Personne ne peut prétendre de n’avoir jamais péché. Personne ? Personne à part Jésus. Ainsi personne n’a le droit de jeter la première pierre. Personne ? Personne sauf Jésus. « Personne ne t’a condamné ? » « Non, personne. » - Non, personne n’a pu te condamner – car devant Dieu, mon père, toute personne est coupable. Il n’y a que moi qui peux te condamner.  Pouquoi est-ce que tu t’es éloignée de Dieu – Lui qui te fait vivre ? Pourquoi est-ce que tu lui tournes le dos – Lui qui ne veut autre chose que ton bien ? Il t’a pour cela donné quelques bons consignes, guide pour la vie – mais, systématiquement tu les transgresses – il n’y a pas que ton acte d’adultère ; toute ta vie exprime ton opposition à Dieu, c’est comme si c’était plus fort que toi. Oui, voilà que tu t’es enfonçée comme dans des sables mouvants : une tromperie en appelle une autre. On se dit : tant pis – de toute façon je me suis déjà trop empêtrée – alors mieux vaut se laisser aller, car il n’y a plus de retour sur la terre ferme possible. On arrive même à éprouver une certaine volupté dans la déchéance. Et pourtant on sait que tout cela mène au malheur et à la mort…

 

Le péché, d’où ça vient – c’est un grand mystère. Cela ne vient pas de Dieu, parce que Dieu est bon. Mais alors, Dieu serait-Il impuissant façe au péché, parrcequ’Il le laisse sévir – pour ainsi dire ? Chers amis, qu’auriez vous voulu qu’Il fasse ? Qu’Il vous ait programmé d’avance à ce que nous ne puissions jamais pécher ? Mais non – nous serions des robots. Et justement – voilà la bonté de Dieu : Il nous veut comme des vis-à-vis, libres et responsables, libres afin de pouvoir répondre – oui, en tout liberté à sa bonté. Qu’Il anéantit le péché, systématiquement là où il se manifeste – un coup de main, et on se débarasse de toute cette misère ? Mais alors, qui subsistera ? Non, Dieu fait mieux – personne n’y aviat jamais pensé : dans la personne de Jésus, Il prend sur Lui-même notre péché, pour permettre à tout homme et à toute femme qui veut bien croire cela d’en être libéré. Et c’est ainsi que Dieu manifeste à la fois sa bonté et sa puissance. « Moi non plus, je ne te condamne pas ». Ton péché, le voilà cloué sur une croix. Et te voilà, à nouveau sur la terre ferme – libre ; Tu peut recommençer ta vie – oui, va, désormais ne péché plus. Le péché est certainemetn plus fort que toi – mais moi je suis plus fort que le péché. Alors, attache-toi à moi, crois en moi – autrement dit : fais-moi simplement confiance, et tu sera un homme, une femme véritablement libre. Et sais-tu comment cela s’appelle ? Cela s’appelle pardon. Dieu est bon, Il est puissant – sa bonté, sa puissance, c’est son pardon !

 

Chers amis, il n’est pas bon d’escamonter le mot péché, parce que ce mot serait trop lourd, serait vieux-jeu, serait trop sombrement calviniste, serait trop ceci ou trop cela. S’il n’y a pas derrière, comme arrière-fonds, la notion biblique du péché, parler du pardon devient chose fade. Et voilà qu’on risque de se perdre dans l’amalgame pardon-tolérance- dialogue-ouverture. Notre message est mille fois plus fort que celui de non amis humanistes. Eux croient qu’avec un peu de bonne voloté, l’homme peut se libérer lui-même. Un peu de pardon, un peu de tolérance, une peut de dialogue, un peu d’ouverture… Non ! L’homme ne peut se sauver lui-même – impossible ! Et le plus qu’il se démène, le plus qu’il s’empêtre. Prenons le temps pour nous rendre comptre de notre péché. « qui n’a jamais péché jette la première pierre » - prenons notre temps, en méditant, et restons – nous, sur place ! Ne nous retirons pas, au risque de manquer cette autre parole, que la femme, elle a entendue : « Non, personne n’est en droit de te condamner – personne, sinon moi – eh bien, moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et ne pèche plus – et sois heureuse ». Et nous voilà libres – libres de recommençer nos vies.

 

Oui, chers amis, Dieu – Dieu en Jésus-Christ est mille fois plus sévère que jamais nous ne le pourrions être. Péché ! Chers amis, Dieu – Dieu en Jésus-Christ est le seul à pouvoir vraiment nous libérer de tout ce qui nous aliène de la vraie, la bonne vie. Et il le fait – nous voilà désormais – oui, très profondément heureux.

 

Amen