1 Pierre 1 : 3-9/2 : 11-17

Dans le cadre du rassemblement régional de l’ACAT au Foyer de Charité Notre Dame de Lacépède, près d’Agen

« Je vous exhorte comme des gens de passage et des étrangers » - oui, voilà comment l’apôtre Pierre commence son exhortation. Nous sommes des gens de passage – non pas parce que nous serions des gens toujours inquiets, toujours affairés, comme ces enfants qui ne savent pas rester assis plus de quelques secondes, mais parce que nous cheminons vers un but qui est la révélation plénière de Jésus-Christ, comme Pierre nous précise au début de son épître, parce que ce qui nous anime est l’espérance – « une espérance vivante » (1 Pierre 1 :3). Nous sommes des gens de passage, des voyageurs – et du coup tout ce que nous traversons lors de notre voyage devient pour nous, qui bougeons, passager. Quand nous sommes quelque part, nous n’y sommes que pour quelque temps, parce que, voyageurs, nomades, bientôt nous décamperons pour aller plus loin. Donc ce quelque part est pour nous toujours passager. Et c’est là notre liberté. Bien sûr l’image est à prendre au figuré – être des gens de passage, des voyageurs, partout étrangers, est avant tout un état d’esprit. On peut très bien passer toute sa vie dans un même lieu – on peut très bien passer des années entre les quatre murs d’une cellule, et pourtant se savoir « de passage », voyageur – parce que où qu’on soit, notre but n’est pas d’être là où nous sommes – notre but est ailleurs, devant nous, notre but est Jésus-Christ qui nous devance et qui nous mène vers la plénitude. C’est là la promesse de l’Evangile qui fonde notre espérance.

Et puisque nous sommes ainsi des gens de passage, et puisqu’ainsi tout ce que  nous traversons, expériences, épreuves, n’est pour nous que passager – nous pouvons nous permettre de nous soumettre aux autorités qui gouvernent notre monde sans que cela ne nous pèse outre mesure – ce n’est que pour quelque temps. Oui, même si la façon de faire de ces autorités est toujours critiquable, même si nous avons l’impression – impression juste, qu’elles taillent les affaires en quelque sorte à coup de serpes – dans toute mesure il y a bel et bien une part d’injustice, nous nous y soumettons. Ce n’est que pour quelque temps – la manifestation plénière de celui qui est pour nous notre véritable autorité, qui nous apportera la justice parfaite, est à venir. Comment pourrait-il en être autrement ? Les autorités qui gouvernent nos sociétés sont des autorités humaines – et donc forcement tâchée par notre insuffisance humaine. Soyons néanmoins reconnaissants envers Dieu de ce que nous ayons la chance de vivre dans une société dans laquelle tout le monde peut exprimer ses réserves, ses critiques, ses indignations quant à la façon de faire des autorités, qui  – c’est la  démocratie, sont bien obligé d’en tenir compter. C’est certes là un garde-fou formidable – qui pourtant ne résolut pas tout. Même chez nous, dans nos démocraties, où la déclaration des droits de l’homme n’est pas un vain mot, la façon de faire des autorités, la justice garde sa part d’arbitraire, d’imperfection. Toutefois, avec l’apôtre Pierre nous voulons bien nous y soumettre – cela ne nous pèse pas trop : ce n’est que pour quelque temps.

Avec son exhortation concernant la soumission aux autorités Pierre rebondit clairement sur l’épître de l’autre apôtre Paul aux Romains, qui lui nous appelle à la même soumission, tout en fondant néanmoins son appel sur un autre argument que celui de Pierre. Paul, lui, dit que les autorités qui gouvernent notre monde sont instituées par Dieu Lui-même. Pourquoi ? Pour éviter que le monde glisse vers l’état d’anarchie, vers le jungle où règne la loi du plus fort. Certes, les autorités sont imparfaites – mais sans elle ce serait encore pire. Nous sommes des hommes, pas des anges. Nous sommes des hommes, nous sommes des pécheurs – Dieu a institué les autorités pour que le minimum d’ordre soit assuré sans lequel nous sombrions forcement dans la barbarie. Il a institué les autorités, que ces autorités le sachent ou qu’ils ne le sachent pas. A nous de nous y soumettre – c’est là la volonté de Dieu.

Et pourtant, chers amis, nous sommes des êtres libres. Comme Luther le disait : libre par rapport à tout et tous, je me soumets à tout et à tous. Oui, revenons à l’image de Pierre : passager, voyageur – aucune autorité ne peut me clouer sur place, m’immobiliser, me capter – alors puisqu’il faut, puisque c’est nécessaire qu’elles soient là, voulue même par Dieu, je veux bien me soumettre aux autorités. Ce n’est que pour quelque temps. L’autorité qui surpasse toute autorité de ce monde se manifestera un jour. C’est promis. Et cette pleine manifestation, voilà le but de mon voyage. Chers amis, voilà un message réconfortant – oui, vraiment apaisant qu’il est bon de rappeler aux détenus – eux qui plus que nous font l’expérience de la violence des autorités de ce monde. Ils ont commis des crimes, maintenant ils payent. Cela, pour eux, c’est déjà dur à admettre. C’est tout un chemin à faire. Mais comment répondre lorsqu’ils accusent la justice d’injustice : moi, on m’a donné cinq ans – et cet autre pourri, parce qu’il a des relations dans les hautes sphères, parce qu’il a des sous et qu’il a pu payer un avocat renommé, lui on l’a laissé se promener. Oui, voilà des choses qu’on entend souvent en prison – ce sont des choses qui tracassent les détenus, au point parfois de devenir des obsessions, et en résulte des sentiments de rancune, de grande amertume. Que répondre – d’autant plus que ce qu’ils disent là n’est pas forcement tout faux ? Faut-il les appeler à une espèce de résignation mièvre ? Bien sûr que non. Mais c’est autre chose que de leur expliquer que la justice humaine est forcement imparfaite, puis qu’étant humaine, et que pourtant elle soit voulu par Dieu, mais que Lui un jour fera justice – un jour à venir, un jour vers lequel nous tendons : ce jour-là la justice parfaite sera manifestée. Il ne s’agit pas de se résigner – le sentiment de justice et d’injustice que nous avons en nous est un bon sentiment qu’il ne faut pas anesthésier. Il s’agit à arriver à un point où l’on puisse en quelque sorte relativiser la justice humaine imparfaite – et aussi le tort qu’on subirait à cause d’elle : il existe une justice mille fois plus haute, justice divine, elle parfaite. Quand elle se manifestera tous les torts seront redressés. Tout le mal qui avait été commis en cachette sera mis au grand jour. Les défavorisés seront invités aux places d’honneur – et ceux qui s’étaient accaparés de tout seront renvoyés les mains vides. Oui, il me semble que dès lors qu’on puisse ainsi, grâce à cette vision de la justice divine promise, relativiser la justice humaine – oui, et les autorités de ce monde en général, cela apporte un grand apaisement. Apaisement qui ouvre – oui, disons le mot, qui ouvre au pardon.

Reste bien évidemment la question – question que vous avez dû vous poser dès le départ : Mais si les autorités ne garantissent plus ce minimum d’ordre dans notre monde qui l’empêche de glisser vers l’anarchie, mais qu’elles deviennent elles-mêmes instruments de désordre et de barbarie – mais si dans une société la justice se transforme en violence brute, alors quoi ? Alors – cela veut dire que ces autorités, que cette justice-là n’est plus voulue par Dieu. Les autorités de ce monde – qu’elles le sachent où non sont au service de Dieu, qui est un Dieu de vie – donc leur raison d’être, c’est de garantir la vie et le juste vivre-ensemble. Il existe des société où elles le font, bien que toujours de façon imparfaite – forcement. Et nous avons la chance de vivre dans une telle société. Il existe aussi des sociétés où elles ne le font pas – les autorités qui gouvernent ces sociétés jettent des personnes en prison, les torturent, les tuent – pour la seule raison qu’elles osent exprimer des opinions qui contestent le bien fondé de ces autorités – eh bien, ces autorités-là sont rejetés par Dieu. Il n’en veut pas. La dynastie d’Akhab se croyait dynastie légitime. Eh bien, vu les crimes commis par les membres de cette dynastie qui régnaient sur Israël Dieu n’en voulait plus – Il était du côté de Jehu qui se révoltait. Pour dire qu’il y a un point où la soumission aux autorités s’arrête – c’est lorsque ces autorités deviennent des instruments de désordre, de mort.

A quel moment précis le deviennent-elles ? C’est une question d’appréciation. A nous d’être toujours vigilants. Se révolter trop rapidement, c’est aller contre l’exhortation divine qui appelle à la soumission. Ne pas se révolter dans certaines situations, mais au lieu de cela lâchement accepter l’inacceptable, être complice, c’est aussi bien aller contre la volonté de Dieu. A nous d’être toujours vigilants – ensemble vigilants, et Dieu par sa Parole nous guidera.

Amen