Matthieu 25 : 1-13

 

 

 

La Bible, chers amis, n’est pas une catalogue de vérités abstraites. Trop longtemps la Bible a été présenté sous cette forme-là – les conséquences en sont néfastes. Non, la Bible est tout autre chose : un grand roman d’amour. C’est le roman de l’amour entre Dieu et l’homme. Roman d’amour – quoique…, cela fait peut-être trop roman-fleuve, trop lisse. Cela ne s’accorde pas avec l’énorme variété d’expressions que comporte la Bible. Disons que la Bible est plutôt comme un de ces albums de souvenirs que certains gardent de l’époque de leur fiançailles – albums pleins de photos, de lettres, et d’autres intimités : une fleur séchée, une mèche de cheveux… Eh oui, chers amis, je vous invite à ouvrir cet album de souvenirs et de relire les lettres que vous y avez collées. Des lettres pleines de phrases qui caressent – ces phrases si banales, et si magnifiques, qui expriment le désir, la tendresse et l’émerveillement, ou des mots qui réconfortent et consolent -  lettres remplies de grands projets d’avenir, de folles espérances – oh, la belle époque – époque de toutes les illusions ! Et puis, ah oui – parfois des mots durs, des plaintes, des menaces – il ou elle vous a vu adresser un sourire à tel ou tel autre – ce n’était rien, mais pour l’ami(e) : apparemment cela avait été une torture – il ou elle n’a pas compris pourquoi vous aviez réagi comme vous l’aviez faits à un de ses propos, et cela l’avait tracassé pendant des semaines. L’amour – que de délices, que de supplices ! Mais c’était beau, c’était bon, c’était vrai – oui, même ces mots durs, ces menaces, ces plaintes. C’est l’amour.

  Supposons maintenant qu’un esprit froid et aigri se mette à lire ces lettres d’amour que je viens d’évoquer – et qu’il commence à faire du politiquement correct. Quoi ? Là il/elle vous traitait d’hypocrite, de personne volage. Là il/elle vous accusait d’être cruel, d’être obtus, d’être dépourvu de tout sentiment. Là il/elle carrément vous insultait – pas la peine de répéter les mots… Et pourtant, cet homme, cette femme vous l’aimez ? Et pourtant, vous gardez ces lettres comme votre plus grand trésor… Cet esprit froid et vinaigre n’a rien compris – n’a rien compris à l’amour. A ces délices et à ces supplices.

  Chers amis, voilà comment beaucoup lisent la Bible – froidement, les lèvres pincées. Et voilà comment à partir de cette lecture il se mettent à juger Dieu. Il suffit qu’ils tombent sur un passage de ce grand album de souvenirs du temps des fiançailles entre Dieu et les hommes qui ne s’accorde pas avec leur schémas si politiquement corrects, si religieusement corrects pour qu’ils se mettent à s’indigner. On commence par rejeter l’Ancien Testament : trop de passages qui expriment la colère de Dieu. Heureusement qu’il y a encore le Nouveau Testament, qui parle du doux Jésus – détrompez-vous : nombreux sont les paroles de Jésus lui-même qui sont des paroles de colère, de sévère avertissement – paroles parfois très dures et violentes… Comme la parabole que nous avons lu tout à l’heure. Quelle cruauté – ce rejet des pauvres vierges folles : « je ne vous connais pas » !

  Mais quoi ? La Bible serait-elle une catalogue de vérités ? Si cela était le cas, vous auriez toute raison de vous indigner. Vous auriez toute raison de conclure que Dieu – oui aussi le Dieu que nous connaissons à travers Jésus, est un Dieu tantôt tendre et compatissant tantôt dur et cruel. Qu’Il est bon pour certains, et qu’Il est méchant pour d’autres. Seulement, je le répète, la Bible n’est pas une catalogue de vérités – elle est un album de souvenirs du temps des fiançailles entre Dieu et les hommes. Un grand livre d’amour – et l’amour, cela comporte bien des délices et bien des supplices. Un grand livre d’amour et de fidélité – bien sûr, Dieu se met de temps en temps en colère, tout comme Jésus, en son nom, tout comme tous les amoureux de ce monde, mais toujours – toujours Il nous reste fidèle. Jamais Il ne nous a lâché.

  Vous savez, chers amis, quand on est amoureux on est aussi - o combien vulnérable ! Ca bouillonne dans la tête d’un amoureux – tout devient excessif. Proie facile pour un esprit froid et revêche : ce que tu dis là n’est pas raisonnable, n’est pas correct – lèvres pincées. Eh bien Dieu, Lui, se rend vulnérable – dans son amour excessif, explosif pour nous – petits bonshommes, petites bonnes femmes sur cette terre. Vulnérable jusqu’à en mourir, dans la personne de Jésus, sur une croix.

 

Non, Dieu n’est pas un philosophe, pas un théologien qui proclame des belles idées abstraites politiquement, religieusement ou autrement correctes. La déclaration des droits de l’homme est une chose belle et nécessaire – mais elle est loin de résumer tout ce que Dieu nous dit. Pareil pour tous les dogmes de l’Eglise.

Non, Dieu n’est pas non plus un technocrate qui énonce des pronostics. Quoi, la Bible nous dirait exactement, dans tous les détails, tout ce qui se passera sur notre terre ? La lecture fondamentaliste de la Bible est une lecture erronée.

Non, Dieu n’est pas non plus une instance sociale – et nous qui n’aurions qu’à revendiquer le droit à ses services.

Non, Dieu n’est pas non plus un code pénal. Tu fais ceci, alors selon l’article tel ou tel tu sera sanctionné de telle ou telle façon. Tu fais cela, alors selon tel autre article tu aura droit à tel ou tel autre sanction.

Comment pourrait-on aimer un tel Dieu, qui n’est qu’un Dieu à notre image ? Vous savez, il y a dans le Nouveau Testament quelques paroles que moi je compte parmi les paroles les plus inquiétantes que la Bible comporte – ces paroles expriment la possibilité qu’au fil du temps l’amour de beaucoup d’hommes se refroidit. Je pense à un passage comme Matthieu 24 :12 ou comme Apocalypse 2 :4-5. Et si de cet amour qui se refroidit ces fausses images qu’on se fait de Dieu serait un symptôme ? Cette tendance à être plus correct que ne l’est Dieu Lui-même ?…

  Mais mon Dieu, Dieu est amour ! Ca bouillonne là-haut - force passionnelle, explosive. Dieu nous aime, et le voilà qui fait tout pour que nous répondions à son amour. Oui, voilà ce qu’Il fait : Il nous fait la cour. Caresses, paroles de réconfort et de consolation et aussi parfois des menaces, des colères, des crises de jalousie, suivi de repentirs. Il est l’amant, l’époux qui arrive !

 

Et cela malgré tout l’Eglise à toujours compris. Qui était le fameux rabbin qui bénissait le jour où le Cantique des Cantiques avait été admis au sein de la Bible ? Il disait que c’était le plus beau jour de toute l’histoire de l’humanité. Dans l’Eglise aussi, le Cantique des Cantiques a toujours été considéré comme un livre profondément inspiré. Cantique des Cantique – chant tout à fait profane d’amour entre un homme et une femme comme figure de l’amour entre Dieu et les hommes.

 

Pour dire, chers amis : soyons comme les vierges sages. Elles ont tout fait, tout préparé pour pouvoir être de la fête de noces. Les vierges sages – je veux les voir comme celles et ceux qui ont compris que rien ne vaut plus que la folie d’un Dieu puissant qui se rend vulnérable parce qu’Il Lui plait d’aimer, parce qu’Il se lance dans cet extraordinaire aventure qu’est l’amour – oui, avec ses délices et ses supplices. Et du coup, toutes leurs vies ils et elles passent à s’organiser afin de pouvoir être de la grande fête – fête d’amour. Aimer, c’est la fête…

  Et en ce qui concerne les vierges folles – eh bien, Dieu les aime aussi. Il leur fait la cour aussi – pour ainsi dire. Voilà qu’à travers le parabole, par la bouche de Jésus, Il leur adresse une parole dure et sévère. Ce n’est pas pour les enfoncer dans leur torpeur. C’est au contraire, pour les réveiller. Car tout ce que Dieu dit, c’est par amour qu’Il le dit – pour un esprit froid, lèvres pincées, Il dit n’importe quoi – et ce n’est pas toujours correct. Mais nous – nous, chrétiens, savons que dès lors que c’est l’amour qui parle, l’amour parfait, c’est la vérité qui parle. Car seul est vrai l’amour – seul est vrai le message d’amour que la Bible nous transmet – ce magnifique album de souvenirs du temps des fiançailles entre Dieu et les hommes. Chers amis, cher petit Joris, qui vient d’être baptisé, soyez prêts : l’époux – le grand amant arrive !

 

Amen