Sur Matthieu 23 : 1-13

 

 

C’est tout de même assez extraordinaire : le constat de l’hypocrisie chez bon nombre de scribes et de pharisiens – ce qu’ils enseignent aux autres, ils ne le mettent pas en pratique eux-mêmes, ce constat n’amène Jésus point du tout à contester leur enseignement. « Ils siègent dans la chaire de Moïse – autrement dit, leur enseignement est légitime, puisque s’inscrivant dans la dynamique de la volonté divine, révélée en première instance à Moïse – faites donc et observez tout ce qu’ils peuvent vous dire… ». Oui, même si eux-mêmes n’agissent pas en conformité avec ce qu’ils disent. Extraordinaire – oui, parce que nous – nous serions plutôt enclin à jeter par dessus bord tout un enseignement – ou tout au moins, en atténuer l’exigence qu’il comporte pour nous, si parmi ceux qui nous l’ont donné nous nous apercevons qu’il y en ait qui eux-mêmes ne l’appliquent pas cent pour cent dans leur propre façon d’agir. Oui, j’ose aller plus loin – ne sommes-nous pas même tenté à constamment guetter la moindre faille dans le comportement de ceux qui de par leur statut social incarnent pour nous l’enseignement, la morale, la loi – pour qu’à la vue de la moindre faille nous puissions en faire un prétexte pour aller nous-mêmes à l’encontre de ce qui nous a été enseigné ? C’est la pente de la vulgarité : vous avez vu l’autre jour à la télé ? Qu’on soupçonne tel ou tel magistrat de corruption ? Alors si lui déjà trompe la loi – alors qu’on ne me dise rien si de temps en temps je chipe une bricole dans une boutique. Vous avez vu – encore un prêtre accusé de pédophilie ? Alors pour moi l’Eglise… Rien, absolument rien de tel dans la parole de Jésus. Pour lui, ce ne sont pas les abus qu’en font des hommes qui peuvent porter atteinte au bien-fondé de la loi donné par Dieu – ce n’est pas parce que parmi ceux qui enseignent cette loi il y en ait beaucoup qui ne l’appliquent pas dans leur propres vies, que tout le monde pourrait du coup s’en soustraire. Et vous le savez sans doute : ce sera l’apôtre Paul qui ira même plus loin. Lui dira que personne ne pourra parfaitement obéir à la loi de Dieu – toutefois, cela ne l’invalide pas pour autant.

  Chers amis, vous dites peut-être : mais qu’est ce que vaut un enseignement si ceux qui l’enseignent n’arrivent pas à s’en conformer eux-mêmes ? Cet enseignement, cet ensemble de lois, de principes moraux risque d’être quelque chose de complètement abstrait, surréaliste, d’outre monde, s’il ne s’incarne pas dans le comportement d’hommes bien de monde. Eh bien, cela est vrai. Seulement ne faisons pas ce reproche à Jésus, lorsqu’il défend le bien-fondé de l’enseignement biblique, de la loi de Moïse – parce que lui – oui, lui s’y est parfaitement conformé, au point même où il en est mort, parce que cela était insupportable aux hommes. Et dès lors, ce qu’à fait Jésus est devenu possible pour nous aussi, par la grâce de Dieu. C’est la résurrection de Jésus qui l’atteste – la voie de Jésus est une voie possible, la mort n’y peut rien.

Ecoutez ce qu’ils disent – faites ce qu’ils disent, même si eux ne font pas ce qu’ils disent ; faites ce qu’ils disent, parce que moi je fais ce qu’ils disent. Parce que moi, je ne suis pas double, parce que mon oui est oui, et mon non est non. Ou comme il est dit dans la deuxième épître aux Corinthiens : « Jésus Christ n’a pas été Oui et Non, mais il n’a jamais été que Oui ! » Chers amis : quelle affirmation magnifique ! Non seulement affirme-t-elle l’intégrité parfaite de Jésus, sa parfaite fidélité, parfaite correspondance entre dire et faire – aussi nous dit elle son élan foncièrement favorable : il est Oui ! Son intégrité, sa fidélité ne se définissent pas, en dernier lieu, par une attitude de reproche, de rejet, de colère – même s’il lui arrive de savonner la tête à des gens, mais par le « oui » qu’au nom de Dieu, souverainement – lui, fils de Dieu prononce sur nous, sur le monde. Le regard qu’il porte sur nous est un regard favorable. Et c’est ainsi, chers amis, que l’obéissance à la volonté de Dieu, tel que Lui l’a exprimé à travers ses lois, ne nous est pas seulement possible – à la suite de Jésus, qui lui est allé jusqu’au bout de l’obéissance, nous montrant que cette obéissance ouvre à la vie éternelle, aussi nous devient-elle agréable. Grâce à Jésus, qui est Oui, nous savons que la volonté de Dieu exprimée à travers sa loi, est la volonté non pas d’un Dieu qui nous humilie, qui nous rabaisse, qui nous tyrannise, mais d’un Dieu qui nous dit Oui, qui nous est favorable, qui nous aime. Oui, ainsi le fardeau dont il est question à plusieurs reprises dans l’Evangile pour signifier la loi de Dieu, ne nous pèse plus – ce fardeau devient fardeau tel que Jésus nous le donne : fardeau léger à porter. « Je vous donnerai un fardeau léger à porter »…

 

Quel monde de différence avec ces hordes de bien-pensants qui actuellement nous assomment avec leurs critiques de société ! O, ils ont tous raison quand il mettent le doigt sur tout ce qui ne va pas dans notre monde à la dérive (y eut-il des époques où il ne l’était pas ?). Les voilà qui nous présentent des analyses de plus en plus fines et percutantes du piètre état des choses dans nos sociétés : les effets néfastes du tout-économique, de la mondialisation, de ce qui risque d’engendrer une science qui échappe à tout contrôle, d’un engouement pour des religiosités à la carte. Voilà qui ne cessent de nous confronter à la misère d’une grande partie de la population de notre planète, à l’écart à peine imaginable qui se creuse entre riches et pauvres, au danger des intégrismes, au désastre écologique que beaucoup de ce que je viens d’évoquer provoque. Ils ont raison – et pourtant souvent c’est tout faux.. Pas toujours, mais souvent.

  Quand ? Eh bien, quand il en restent là – à ces tristes constats, à ces sombres analyses. Ou, pour être plus précis, quand il en restent à des propositions vagues quant à la manière de remédier aux situations qu’ils critiquent, qu’ils dénoncent. Oui, malheureusement, ils en restent souvent là. C’est quand ils terminent leur brillants exposés par des « il faut que » ou « il faudrait que ». Pour qu’il y ait moins de pollution il faudrait que les hommes limitent leur déplacement en voiture. Exemple simple. Autre exemple simple : pour qu’il n’y ait moins de misère dans le monde, il faut que les riches partagent davantage. Il faudrait que… Chers amis, quel terrible fardeau, qui nous écrase, tous ces « il faut » ! On nous fait peur, on nous culpabilise et on termine par nous assommer par des « il faut » impersonnels. Et nous voilà complètement paralysés. Si seulement ces gens bien-pensants, qui passent leur vies à critiquer l’état de choses dans notre monde, nous donnaient l’exemple en nous montrant clairement comment faire pour remédier aux situations qu’ils dénoncent . Vaine attente ! Il disent, mais ils ne font pas. Ne peuvent-ils pas faire ce qu’ils disent – ne sachant pas comment ? Croient-ils que bien dire, pour eux cela suffit – aux autres d’agir ? La belle affaire ! Suis-je méchant quand je soupçonne parfois les générations des parents et des grands-parents d’attendre à ce que l’agir vienne des jeunes générations ? Et quand les jeunes s’en soustraient, à ce fardeau qu’on leur met sur les épaules, on les accuse d’être des mous, des consommateurs, des conformistes. Oui, je suis sûrement trop méchant. Ce fardeau des « il faut » !…

  Et c’est pareil pour l’Eglise. Combien savantes, ces analyses qui nous expliquent pourquoi elle semble être en perte de vitesse ! - Pourquoi le nombre de ses fidèles diminue. Pourquoi elle ne répond plus à l’attente des plus jeunes, etcetera, etcetera. Suit la rengaine des « il faudrait que » - « il faudrait que ». Ce qui veut trop souvent dire : « il faudrait que d’autres que moi fassent… » En somme : « il faut », cela n’engage personne à rien – du coup, c’est abstrait, du coup personne ne sait quoi en faire, de ce « il faut », du coup cela culpabilise tout le monde, du coup cela devient un lourd fardeau qui nous écrase.

 

Chers amis, Dieu ne dit pas « il faut » - Il dit : « tu feras ! »

Chers amis – oui, voilà la grâce qu’Il nous fait, voilà la grâce tout court : Dieu nous dit : « tu feras ! ». C’est parce qu’Il nous dit, me dit : Oui ! Oui, je veux avoir confiance en toi. C’est pourquoi je t’appelle, toi. Va et fais ! Fais ce que je te dis – et je te l’ai dit, ne connais-tu pas mes lois ? Fais ce que je te dis, ni plus – non, tu ne peux pas porter le monde entier sur tes épaules, ça c’est moi qui le fait, ni moins – oui, là où tu es, dans ta famille, dans ta ville, dans ton travail, dans ton temps libre, dans l’Eglise, tu peux être force de transformation, véritablement témoin. Va et fais ! – à la suite de ton Seigneur, Jésus-Christ, qui lui a vécu bien modestement, selon l’apparence du monde, et qui pourtant a mis en branle cette grande force d’amour, qui transforme tout – et rien qui ne pourra jamais l’arrêter. Oui, n’est-ce pas une grande, grande grâce que de pouvoir suivre un homme – oui, enfin un homme qui faisait ce qu’il disait – disait au nom de son Père au ciel ? Un homme qui nous regarde, et qui nous dit : Oui. O, il y a un tas de choses qu’on peut te reprocher, qu’on peut reprocher à ce monde – oui, o combien. Et pourtant, moi, au nom de mon Père, je te dis : oui. A ce pauvre monde dans la tourmente, je dis : oui. Quel grâce de pouvoir suivre en paroles et en actes cet homme : Jésus-Christ.

 

Amen