Texte : Tu leur diras mes paroles, qu'ils t'écoutent ou qu'ils ne t'écoutent pas : ce sont des rebelles (Ezéchiel 2, v. 7)
Jésus s'étonnait de ce qu'ils ne croyaient pas.
Il parcourait les villages des environs en enseignant
(Marc 6, v. 6)
Lectures Ezéchiel 1, v. 28 c à 2, v. 7
2 Corinthiens 12, v. 7 à 10
Marc 6, v. 1 à 6

Cantiques Ps 33, str 1, 2, 3
(recueil Arc-en-Ciel) 526
528

Je vous invite à faire, ce matin, un aller et retour dans le temps et dans l’espace, allant de ce temple à la synagogue de Nazareth, et vice versa.

Au début de son évangile, Marc dit de Jésus qu’il est le Fils de Dieu . Mais, à Nazareth, on le connaît comme le charpentier du coin, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joses, de Jude et de Simon, et l’on connaît aussi ses soeurs. Alors, on ne le croit pas. Et Jésus s'étonne de cette incrédulité. Une incrédulité qui semble coller à la peau, au cœur et à l’âme du peuple de Dieu, autant l’Israël de Dieu qu’après lui, l’Eglise.
Quand Dieu adresse vocation à Ezéchiel, comme à d’autres avant lui et après lui, il le prévient : « Tu es au milieu de contradicteurs et d’épines, tu es assis sur des scorpions… La maison d’Israël ne voudra pas t’écouter » . A ses disciples, Jésus dira : « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. » . Ce qui n’a pas été une formule de style pour Etienne et Jacques, qui ont payé leur témoignage de leur vie. Quant à Paul, avant de mourir lui aussi martyr, il a connu « insultes, persécutions et angoisses » . C’est comme si Dieu confiait aux siens une mission impossible et comme perdue d’avance. Et pourtant, Jésus s'étonne de l’incrédulité des fidèles de la synagogue de Nazareth.
Devant nos temples et nos églises désertés, de quoi Jésus s’étonne-t-il aujourd’hui ? Pour ce qui est de la foi, nous sommes capables de réciter le Credo et le Notre Père par cœur, mais nous connaissons tout cela depuis si longtemps ! Peut-être est-ce de notre indifférence que Jésus s’étonne, nous qui n’ouvrons plus notre Bible quotidiennement, n’ayant plus ni faim ni soif de la Parole de Dieu, nous qui pouvons vivre toute une semaine, voire plus, sans sa bénédiction. A Nazareth, Jésus « s'étonnait de ce qu'ils ne croyaient pas ». Aujourd’hui, sans doute s’étonne-t-il de notre indifférence.
Selon les critères de ce monde, on peut dire que, tout Fils de Dieu qu’il est, Jésus n’a pas eu le rendement qu’on pouvait en attendre. Et l’Eglise n’est pas plus performante que son Seigneur. Toute autre entreprise de ce monde aurait fermé ses portes depuis longtemps. Mais l'Eglise, en raison même de sa vocation, ne peut pas se déclarer en faillite. Certes, la présence de 2 ou 3 suffit pour que Jésus soit présent . Mais cela ne nous autorise pas à déserter nos assemblées. Luc nous dit de Jésus qu’il avait l’habitude d’aller au culte le jour du sabbat. Si, lui, le Seigneur ne pouvait pas se passer du culte, alors même que ceux qui le présidaient n’étaient pas toujours passionnants , comment pouvons-nous nous priver de cette sainte habitude ?
Chacun, bien sûr, reste libre : « Ne voulez-vous pas, vous aussi, vous en aller ? », dit un jour Jésus à ses disciples .

Pour autant, Jésus ne renonce pas. Qu’on le croit ou qu’on ne le croit pas, il parcourt villes et villages pour y porter l'Evangile.
Malgré l’incrédulité des uns et l’indifférence des autres, qui iront jusqu’à le rejeter, « Dieu ne désespère jamais » . Inlassablement il frappe à la porte des cœurs, espérant et attendant que nous lui ouvrions , que le monde s’ouvre à sa présence. Alors, quand les portes s'ouvrent, il entre et, avec les paroles de la bénédiction, il partage le pain substantiel qui fait vivre en plénitude. Oui, jusqu’à la fin du monde, le Seigneur est présent. Ne nous refusons pas à cette présence.

Si nous ne sommes pas là, qui donc répondra à l’appel du Maître : « Allez par le monde entier, proclamez l’Evangile à toutes les créatures » ? Si nous, ses disciples, ne sommes pas là, ce sont « les pierres qui crieront » . Elles crieront qu’il est, lui, le Sauveur du monde, elles crieront l’ amour de Dieu qui a donné son Fils unique et bien-aimé pour que les démons soient chassés, elles crieront que c’est lui qui est « l’arbre de vie dont le feuillage sert à la guérison des nations » . Si nous ne sommes pas là, les pierres crieront, car il faut que cet Evangile soit proclamé jusqu’aux extrémités de la terre, pour que les multitudes sachent que Jésus est le Sauveur.

Les pierres de ce temple disent qu’il y a dans notre cité, parmi d’autres, une Eglise de Jésus-Christ. Mais les pierres vivantes que le Seigneur a choisies, c’est nous . Et le rassemblement cultuel du dimanche est le lieu de la visibilité de l’Eglise dans la cité, le lieu où, pierres vivantes, nous formons « la sainte communauté sacerdotale pour offrir des sacrifices spirituels agréables à Dieu par Jésus-Christ… et proclamer les hauts faits de celui qui nous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière » .

Par-delà nos hésitations, nos doutes, voire nos incrédulités, dont il s'étonne toujours, Jésus compte encore et toujours sur nous. Il dépend de notre fidélité que l’Eglise de Jésus-Christ, dressée ici à Agen, soit vivante pour dire que Jésus, crucifié et ressuscité, est le Fils de Dieu, le Sauveur du monde. Ne nous satisfaisons pas de ce temple aux ¾ vide chaque dimanche. Luttons contre cette indifférence qui nous fait choisir tant d’autres priorités que celle de répondre à la vocation que le Seigneur nous adresse. Assumons joyeusement et dans l’enthousiasme notre vocation de pierres vivantes en formant une Eglise heureuse et rayonnante.

Alors, le Seigneur pourra, de nouveau, ajouter à son Eglise ceux qui trouveront en lui leur Sauveur .


Agen, le Dimanche 5 juillet 2009
Pasteur Jean-René Pfender