Texte Exode 20, v. 1 & 2

Lectures Exode 20, v. 1 & 2
1 Jean 4, v. 7 à 21
Matthieu 22, v. 35 à 40

Cantiques Psaume 119, str 1, 2, 3
(Recueil Arc-en-Ciel) 415
608

Un commentaire d’Alphonse Maillot , publié il y a plus de 30 ans, portait comme titre : « Le Décalogue, Une morale pour notre temps ». Plus récemment, en 2003, Jean-Pierre Molina écrivait que « la Loi de Dieu, c’est le code de la route » . Sans doute est-il dommage que déca-logue et sommaire de la Loi, ne soient plus lus au culte, sinon chaque dimanche, du moins fréquemment, comme il y a quelques décennies. Pour ce 3ème dimanche du carême, c’est cette morale, ce code de la route, qui nous est rappelé, pour que nous y conformions nos vies.
Le décalogue, « une morale pour notre temps ».
Nous ne pouvons pas, en l’espace d’une prédication, développer chacune de ces 10 paroles. Je me limiterai donc ce matin à 5 remarques (inspirées d’A. Maillot), à partir du verset introductif : « C'est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude. »

1ère remarque : Quand Dieu donne sa loi à son peuple, il se présente comme le libérateur. Le Deutéronome, dit : « Ce n'est pas avec nos pè-res que le SEIGNEUR a conclu cette alliance, c'est avec nous, nous qui sommes là aujourd'hui, tous vivants. Le SEIGNEUR a parlé avec vous face à face sur la montagne, du milieu du feu » . Ainsi, cette œuvre de libération n’est pas de l’histoire ancienne, elle nous concerne au-jourd’hui. Privilège du moment dominical où, chaque semaine, nous est offerte la possibilité de vivre ce « face à face » avec Dieu, de recevoir, comme une grâce, sa Parole libératrice et d’entrer dans son alliance.
Dans ce monde d’aliénations multiples, le Seigneur est libérateur et sauveur. Mais ce faisant, parce qu’il ouvre pour l’homme le chemin de la vie libre et responsable, il renonce à être tout-puissant, à tout voir, à tout savoir. Tel un père, en une quête angoissée de l’homme qui s’est perdu, il part à sa recherche : « Où es-tu ? » , appelle-t-il. Et il n’abandonne pas tant qu’il n’a pas trouvé sa brebis égarée. Et, quand il l’a retrouvée, il ne l’enferme pas, mais il lui propose une charte, un code, comme le code de la route qui est fait non pour brimer, ni pour porter atteinte à notre liberté, mais pour que la vie soit protégée, la nô-tre et celle des autres. L’alliance que Dieu nous offre de contracter avec lui est chemin de vie. Le décalogue en est l’expression.

2ème remarque : La forme négative (sauf pour les 4ème et 5ème com-mandements) de cette charte d’alliance en gêne beaucoup. Mais, sur la route, nous savons combien les sens interdits sont utiles et sécuri-sants, même quand ils allongent notre parcours ; c’est grâce à eux que la circulation est possible, fluide, normale .

3ème remarque : Les verbes au futur sont particulièrement intéres-sants. Comme les panneaux de la circulation routière qui nous signa-lent, à l’avance, une priorité à respecter, un croisement non protégé, une interdiction de tourner à droite ou à gauche, ainsi le décalogue nous dit : quand tu te trouveras dans telle ou telle situation, devant telle ou telle tentation, voici ce que tu feras ou ne feras pas, pour que la vie, la tienne et celle des autres, soit protégée. Cette construction au futur est ouverture sur l’avenir pour une vie libre et responsable.

4ème remarque : A diverses reprises, il est question des « tables de la Loi », certains textes précisant : « les deux tables » . On distingue ainsi la 1ère table qui précise nos devoirs envers le Seigneur, de la 2ème précisant nos devoirs envers le prochain. Mais ce faisant, on court le risque de dresser une cloison étanche entre vie religieuse et vie pro-fane, entre vie cultuelle et vie sociale et civique, et l’on se retrouve, comme dit Maillot, avec « une vie cassée en deux : la vie-avec-Dieu et la vie-avec-le-prochain » . Jésus, dans le sommaire de la loi, dit que, s’il y a un commandement qui est premier et un qui est second, celui-ci n’est pas pour autant secondaire ; tout second qu’il est, il est semblable au premier. Il est donc impossible de faire, à partir du décalogue, deux « domaines étanches, celui du divin et celui de l’humain » . L’apôtre Jean en tire les conséquences : « Qui aime Dieu aime aussi son frère ». Et même « Qui n’aime pas son frère qu’il voit ne peut aimer Dieu qu’il ne voit pas » .

5ème remarque : C’est, aujourd’hui, le 3ème dimanche du carême, le carême, ce temps liturgique de 40 jours où nous accompagnons Jésus sur le chemin de la Passion. Il faut à nouveau écouter ce que nous dit Jean, à savoir que l’amour en nous, l’amour pour l’Autre (avec un A ma-juscule) et l’amour pour l’autre (« a » minuscule), est maintenant possi-ble parce que « Dieu a envoyé son fils en victime d’expiation pour nos péchés » . Et c’est ainsi qu’il est pour nous et pour le monde le Dieu qui libère de toute servitude, de tout esclavage du moi, du désir, de l’argent, des idéologies, autrement dit de la mort.
Mais, ce qu’il y a de merveilleux, et de redoutable peut-être, dans cette alliance que Dieu nous propose de contracter avec lui, c’est qu’il nous laisse libres, libres de l’aimer et de le servir, libres d’aimer et de servir nos frères en humanité, ou libres de vivre à notre guise, en ser-vant d’autres dieux. C’est pour respecter cette liberté que Dieu vient à nous dans l’humilité de la crèche et de la croix, l’humilité du Seigneur qui renonce à son pouvoir et se fait serviteur. Toujours discret, il ne force aucune porte, mais, humble et modeste, il se tient à la porte et il frappe attendant qu’on lui ouvre. Mais alors, quand on lui ouvre, si on lui ouvre, il est là pour rompre le pain et nous l’offrir, pain vivant, pain substantiel qui donne la vie au monde. « Choisis donc la vie et tu vi-vras » .

Puisque c’est lui, le Seigneur, ton Dieu, qui en te donnant son Fils unique et bien-aimé a fait de toi un homme libre, tu n’auras pas d’autre dieu que lui, tu l’aimeras et le serviras lui et lui seul, tu aimeras et servi-ras ton prochain, comme tu attends qu’on t’aime et te serve. Dans la joie et la reconnaissance, tu vivras pour sa gloire et pour le bien de ton semblable.

« La loi est sainte et juste et bonne », écrit Paul . En la mettant en pratique, tu seras heureux. Et tu feras le bonheur de ton Dieu et le bon-heur de ton prochain.

Dimanche 15 mars 2009 : Agen