« Dites à ceux qui s’affolent… Notre Dieu vient. Il vient lui-même vous sauver »

Lectures Esaïe 35, v. 1 à 8
Jacques 2, v. 1 à 17
Marc 7, v. 31 à 37

Cantiques Psaume 36, str. 1 et 2
(recueil Arc-En-Ciel) 252
303

 

Pas d’affolement ! Pas d’inquiétude ! Pas de panique ! Halte au stress ! J’aime la traduction de la TOB : « Dites à ceux qui s’affolent… ». Oui, « Dites à ceux qui s’affolent… Notre Dieu vient. Il vient lui-même vous sauver ». C’est l’Evangile de ce jour à entendre et à proclamer, Evangile dit et redit chaque dimanche dans les églises.

Dans ce monde, les raisons d’affolement, vraies pour beaucoup, vir-tuelles pour d’autres, ne manquent pas. Or, l’expression qui, dans la Bi-ble, revient le plus souvent, c’est : « Ne crains pas ». Souvenons-nous, parmi d’autres, du message des anges aux bergers dans la nuit de Noël : « Soyez sans crainte », ou de Jésus disant aux disciples affrontés aux flots déchaînés : « N’ayez pas peur ». Tempêtes, violences et mas-sacres, nuits et brouillards, sont une constante de l’histoire humaine, au creux de laquelle justement retentit l’Evangile : « Notre Dieu vient. Il vient lui-même vous sauver ». Laissons Jésus ouvrir nos oreilles à cet Evangile pour en vivre la paix, et délier nos langues pour dire à « ceux qui s’affolent… Notre Dieu vient. Il vient lui-même vous sauver ».

Au temps d’Esaïe, se mêlaient, en Juda, prospérité et paix, effon-drement moral et spirituel, tentative de coup d’état, politique d’alliances désastreuses, menaces de guerre. Pas d’affolement, prêche-t-il, car Dieu vient vous sauver. Son temps était bien peu différent du nôtre, marqué de guerres et de bruits de guerre, de course au pouvoir, d’abondance d’or et d’argent pour les uns, de pauvreté et de misère ex-trême pour beaucoup d’autres.
Dans ce monde, des foules immenses ont bien des raisons d’avoir peur. Mais, pour nous, que d’affolements sans raison ou, en tout cas, qui pourraient se tromper sur les causes de nos dysfonctionnements. Deux ou trois exemples, sur des sujets sensibles : il y a quelques an-nées, « l’insécurité fut médiatisée deux fois plus que l’emploi, huit fois plus que le chômage, (alors que) selon les estimations du ministère de l’Intérieur (d’alors) aucune augmentation sensible du nombre de crimes et délits n’avait été constatée » . Dans un autre registre, le Bureau In-ternational du Travail a établi qu’il n’y avait « aucune corrélation entre le chômage et l’intensification du flux d’immigrants… certaines études montrant même que l’immigration s’est accompagnée d’une hausse de l’emploi » . Plus récemment, l’historien Robert Muchembled nous ap-prend que « En 4 siècles, le nombre de crimes de sang a été divisé par cent ». Et encore : « Tout ce que l’on range derrière les mots épouvan-tails comme ‘insécurité’, ‘quartiers’, ‘banlieue’, ‘jeunes’, etc. est sans commune mesure avec ce qui se passait il y a ne serait-ce qu’un siè-cle » . Il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a pas de dangers ni de risques. Mais sont-ils là où on veut nous le faire croire ?

« Pas d’affolement ! » proclame le prophète, « Pas d’affolement ! » parce que le Seigneur vient pour apporter la guérison et le salut. Son message s’adresse à tous ceux dont la vie est menacée. Et quelle mo-dernité ! il englobe aussi le désert et la steppe brûlante, toute la créa-tion, qui est comme en travail, en attente de la rédemption . Notre sujet de confiance et de paix, même si les montagnes viennent à chanceler , c’est qu’en Jésus-Christ nous avons un Sauveur : « Dites à ceux qui s’affolent… Voici votre Dieu… Il vient lui-même vous sauver ».

Repliés sur nos peurs, enfermés sur nous-mêmes, ne serions-nous pas comme des sourds-muets incapables d’entendre ce message, d’en vivre et de le dire, sauf à nous laisser délivrer par le Sauveur ?
Or, Dieu est venu pour sauver. Le sourd-muet de la Décapole a été arraché à son enfermement par la puissance de Jésus. L’homme et le monde ne sont pas bloqués, enfermés pour l’éternité dans la situation mortelle du péché qui divise les hommes et les fait s’affronter en clas-ses et en races : juifs et grecs, esclaves et hommes libres, riches et pauvres, blancs et noirs, nationaux et immigrés… Parce qu’en Jésus, Dieu est venu pour sauver, la porte du Royaume, que « nul ne peut fer-mer » , est ouverte à tous et pour tous. Bonne Nouvelle : « Dites à ceux qui s’affolent » : pas d’affolement.
Ne soyons pas sourds à cet Evangile et ne restons pas muets, mais « Dites à ceux qui s’affolent… Notre Dieu vient. Il vient lui-même vous sauver ». Message propre à répandre autour de nous, un air respirable, une force d’espérance, dynamique de réconciliation et de vie.
Mais voilà que Jésus donne une consigne de silence au miraculé de la Décapole. Pourquoi ?
Pour répandre autour de nous le calme, la confiance, la paix, l’espérance, point n’est besoin de grands discours, mais simplement des actes d’amour, (et ce n’est pas si simple que cela à vivre). C’est « la loi royale » . Ne crions pas avec les loups que rien ne va plus, mais montrons, par nos œuvres bonnes, le salut offert par Jésus, salut qui se vit dans le concret de relations apaisées, confiantes, ouvertes à l’autre. La proclamation de l’Evangile de la paix, de l’espérance, de la vie, se fera par nos actions, par nos œuvres. « Que votre lumière brille aux yeux des hommes, dit Jésus, pour qu’en voyant vos œuvres bonnes ils rendent gloire à votre Père qui est dans les cieux » . La foi et l’espérance s’expriment dans l’amour. C’est le maître mot du Royaume.

Tout au long de son épître, rejoignant les autres apôtres, Jacques donne de belles et bonnes pistes d’actions à vivre dans l’Eglise pour témoigner de ce que l’Evangile du Christ offre au monde pour une vie paisible de partage, de réconciliation.

Parce que Christ a fait lever l’aube d’un jour nouveau, déjà le riche et le pauvre, le noir et le blanc sont assis côte à côte, les oreilles ouver-tes pour écouter ensemble la parole libératrice du Dieu sauveur, les langues déliées pour dire les merveilles de Dieu « qui a bien fait toutes choses » . Là où le Christ est vivant, riches et pauvres, juifs, grecs et arabes, nationaux et étrangers, sont appelés à être un en Jésus-Christ .

Si, selon cette loi parfaite, nous parvenons à vivre le miracle de vies libérées de nos peurs et de nos enfermements, nous porterons témoi-gnage de la puissance de salut qui est en Jésus-Christ. Et les gens, im-pressionnés, pourront dire, glorifiant le Seigneur : « Il a bien fait toutes choses ».

« La peur ne peut pas produire une œuvre d’amour » . Dans ce monde où tout est fait pour faire peur, « dites à ceux qui s’affolent… Notre Dieu vient. Il vient lui-même vous sauver ». Refusant de nous laisser aller à la peur, mettons en œuvre la « loi royale » : l’Evangile de l’amour.


Dimanche 6 septembre 2009 : Agen